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COUPLE ET PARTICIPATION MYSTIQUE

La virginité psychologique dont parle Esther Harding est l'aspect archétypique du féminin qui constitue une défense contre le risque de dépendance à l'homme et de participation mystique avec lui.

La femme primitive, totalement inconsciente d'elle-même, tend constamment à entrer dans un état de participation mystique avec l'homme qui - en tant que partie essentielle de sa psyché - obtient ainsi d'elle un dévouement et une obéissance inconditionnels.

Il faut une résistance à cette façon féminine de vivre l'Éros comme un état édénique d'identité avec l'autre, dans lequel toute distance est annulée et où la femme risque de perdre sa conscience d'elle-même et la capacité de se distinguer de l'autre en tant qu'individu indépendant. ... P.95

... Coré participe donc des deux natures et des deux existences : l'existence avec la mère a l'aspect de la vie gaie et lumineuse sur la terre; l'existence avec l'homme a le caractère ténébreux de l'Hadès, la stérilité et la mort. La connexion entre les noces et la mort est ici clairement mise en évidence.

Pour le féminin archaïque, les noces prennent le caractère d'un assassinat, dans lequel l'épouse subit, d'une façon totalement passive, comme victime désignée, son destin de mort ...

La victoire de Déméter consiste à obtenir que sa fille, désormais épouse d'Hadès et reine des Enfers, lui soit rendue une partie de l'année. Ce qui signifie psychologiquement la sauvegarde de l'identité féminine, grâce au refus de vivre la vie matrimoniale dans sa totalité.

II s'agit de la forme la plus archaïque d'adaptation défensive du féminin à un masculin hyperpuissant et violeur.

L'angoisse mortelle est dominée en prenant ses distances et en retournant au monde des vivants, ce qui signifie la récupération de sa propre identité et de son propre monde en faisant une nette distinction, en se séparant du monde masculin.

...

L'homme a une distance naturelle par rapport à l'Éros : sa conscience, centrée sur le Logos, a sa propre vie d' « intérêts objectifs » qui le protège naturellement du risque de dépendance et d'assujettissement à la personne aimée.

La femme en revanche, de par sa nature même, est beaucoup plus exposée au danger de tomber dans un état de participation mystique avec l'être aimé parce qu'en elle la vie de la conscience est centrée sur l'Eros, qui unit et lie. Mais P.97 lorsque la participation mystique devient un état permanent et insoluble, elle est incompatible avec l'amour.

Comme le dit Jung, « le rapport [.] n'est possible qu'avec une certaine distance spirituelle. » En effet, s'il n'y a aucune distance, c'est-à-dire aucune distinction entre le Moi et le Toi, il ne peut y avoir aucune relation, ni échange : il ne peut y avoir relation ou échange lorsque les deux êtres sont devenus une seule chose.

Une femme, qui faisait depuis longtemps partie d'un groupe féministe, me dit une fois que la majeure partie des femmes, au lieu de se mettre au centre de leur propre vie et de chercher une réalisation et un équilibre à la première personne, mettent au premier plan le couple, parlent toujours de l'équilibre du couple, sans se rendre compte que cela va à l'encontre de leur équilibre personnel, qu'elles n'existent plus en tant que personnes.

C'est la forme d'être représentée par Héra, la déesse du mariage. Héra et Zeus constituent le couple, dans lequel se réalise une forme totale de l'existence féminine, qui comprend la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, les joies et les douleurs, et qui ne nie jamais que le mariage est une prémisse nécessaire, et ne permet jamais à la femme de découvrir son être entier en tant qu'individu.

En effet, dans le cas de la femme dont je parle, son mariage était entré en crise quand elle avait commencé à se distinguer du couple en tant qu'individu, et à sentir que le couple est formé de deux personnes, dont chacune a besoin de trouver sa propre réalisation et son propre équilibre. Ce n'est que par la suite, dans une autre relation amoureuse, plus libre, qu'elle redécouvrit la complémentarité de l'homme et de la femme, qu'elle avait perdue immédiatement après son mariage.

C'est du reste là un phénomène assez fréquent dans le développement de la conscience féminine : la femme d'aujourd'hui cherche un rapport de complémentarité avec l'homme, elle en pressent la possibilité ; mais lorsqu'elle arrive au mariage ou à la vie commune, elle tombe souvent dans la condition primitive de la participation mystique.

Ce n'est qu'ultérieurement, à travers un douloureux processus de prise de conscience, qu'elle peut réaliser ce que Jung appelle « relation psychologique entre l'homme et la femme », conçue comme fécondité de la coniunctio oppositorum.

On peut remarquer ici un phénomène intéressant : cette femme ainsi que les autres présentes à la discussion ont souligné le fait que la complémentarité ne peut être récupérée que lorsqu'il y a de l'amour. Il semblait évident pour elles que l'amour présuppose toujours une distance, une distinction de l'un et de l'autre, alors que dans l'état d'identité il ne peut y avoir de véritable amour parce que l'individu n'a plus aucune signification.

Nous découvrons ainsi le lien secret qui unit les deux aspects apparemment contradictoires et inconciliables du féminin, Aphrodite et Artémis (ou Athéna). Pour que l'Éros d'Aphrodite puisse aspirer à la dimension de l'amour comme relation avec l'autre, il faut maintenir et respecter l'aspect virginal de la déesse une.

Heureux l'homme qui suit la loi d'Aphrodite, car ainsi il se réalise de la façon la plus complète, puisque pour lui l'essentiel reste sauf, avant et au-delà de l'amour, dans les intérêts objectifs, dans les ouvres de l'esprit et de la science. Pour lui rencontrer l'amour est comme trouver la beauté et la joie de la vie, comme se mettre en vacances après les charges et les devoirs les plus graves, comme jouir d'un printemps de l'esprit qui fleurit et se renouvelle ; mais au-delà de l'amour la vie continue et le sens de la vie n'est pas perdu.

Pour la femme en revanche, à l'origine l'amour est tout, il est la vie, le sens, le destin. P.104 ...

Nous avons vu qu'Aphrodite tolère la résistance des femmes à l'Éros : cette résistance existe dans l'archétype féminin comme mécanisme instinctif de défense. Mais il est nécessaire que la femme en soit consciente et sache, P.107 comme Aphrodite, tolérer et respecter cet aspect de sa nature. Sinon elle risque de s'évaluer elle-même avec l'étalon de l'Animus collectif patriarcal qui condamne son « immaturité émotive », ou son « inhibition sexuell » ou ses « peurs infantiles », et d'affaiblir ainsi sans le savoir ses propres défenses naturelles et elle peut aller, ignorante et impréparée, à la rencontre de l'Eros comme d'une expérience totale et fatale.

Récemment, en parlant avec quelques femmes qui avaient participé à des groupes féministes, j'ai entendu une remarque très amère : « En regardant les couples qui ont traversé une crise dans leur relation, je me suis aperçue que les hommes sortaient de ces crises plus forts, mais pas les femmes : les hommes ont tiré beaucoup plus de leur désespoir que les femmes, parce qu'ils savent construire aussi quelque chose avec leur souffrance et réussissent à l'élaborer, à la transformer. C'est là une réaction très positive que je n'ai pas et que je ne vois pas chez d'autres femmes. »

Il est évident que ces femmes, quoique féministes, n'étaient pas parvenues à sauvegarder en elles la résistance à l'Éros et à mettre entre elles et l'autre la distance qui leur permet de ne pas se sentir détruites et perdues après l'échec de leur relation.

Ce qui ne peut évidemment qu'aiguiser les sentiments de frustration et d'infériorité des femmes...

Mais si la femme s'accepte elle-même pour ce qu'elle est, sans feintes et sans rationalisations de l'Animus, elle peut reconnaître en elle la peur de l'Éros non comme un symptôme névrotique, mais comme un sain signal d'alarme face à une situation qui menace sa personnalité.

...

Une autre femme a dit : « Moi, cet engagement total me fait terriblement peur, car il signifie être totalement à la merci de [.] je ne sais pas très bien quoi. » Sur ce point, les femmes étaient toutes d'accord et étaient même disposées à reconnaître qu'il y a là au moins une différence entre l'homme et la femme : dans le cas de la femme l'abandon total à l'Éros représente un grave danger pour son équilibre.

L'équilibre de la femme consiste aussi dans sa capacité de se défendre, de mettre une distance dans sa relation amoureuse. Ce qui ne signifie pas sacrifier son sentiment, mais devenir plus consciente d'elle-même et de sa propre valeur. Sans distinction entre soi et l'autre il ne peut y avoir ni conscience de soi, ni développement de la personnalité, ni véritable relation.

Mais les femmes qui ont atteint ce degré de conscience sont encore trop rares. Beaucoup d'entre elles vivent malheureusement leur couple dans le traditionnel état de participation mystique ou bien veulent s'émanciper d'une façon radicale et purement rationnelle de leur rôle biologique, sans se rendre compte que l'inconscient peut réagir à cette attitude par une vengeance de l'instinct et du corps féminin nié. ... P.109

... Alors justement que la femme tente désespérément de se réaffirmer en tant que personne, elle se définit et s'affirme encore et uniquement en tant que corps.

Comme l'observe Ida Magli, de la sorte la femme reste « un être naturel qui n'a pas droit à devenir un être culturel et elle est liée à sa physiologie comme à un destin. » La menstruation, la grossesse, l'accouchement sont toujours et encore les fondations sur lesquelles on construit l'image et le rôle de la femme.

C'est justement lorsque les féministes arrivent à réagir contre tout ce qu'elles ne veulent pas être en tant que femmes qu'elles semblent le moins réussir à être quelque chose de plus et d'autre : toute leur libido se concentre régressivement sur les fonctions physiologiques et sur la vieille image et le vieux rôle de mère...

Parallèlement l'Animus à l'ouvre fonctionne de façon plus réactive qu'active, davantage sous forme de protestation et d'agressivité contre que d'initiative vers, et de devoirs à accomplir : il subsiste encore dans la femme trop peu de confiance en elle et dans ses capacités spirituelles.

Bienvenu sur notre première application nommé Eros.
Le module Eros est une bonne solution de remplacement à nos gribouillis parfois même de couleur fluo ou rouge dans nos livres qui pourtant nous sont si chère, les rendant ainsi peux partageable.
D'expérience, reformater mes notes sous forme écrite m'est bien plus porteur que de lire et même rechercher le livre ou j'y ai souligné ce que je cherche, celui-ci bien rangé « quelque part ». D'autant qu'il existe pléthore de crayon scanner qui font cela très bien pour nous.


Cette application a été développée en Oxygene pour dot net 4.0 en tant que module de NorpaNetl sous l'excellente base de données FirebirdSQL 2.5.2 par Tetrasys


Eros  est, actuellement, en lecture seul. Dans les futurs évolutions, les utilisateurs authentifié sur adhes.net pourront y partager (s'ils le désir) eux-mêmes leur notes. En attendant, il vous est toujours possible de me faire parvenir votre matériel sous format Excel ou autre, je me ferai un plaisir de les y encoder.