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EPINES:

Pour en revenir à notre conte, après que se sont écoulées les cent années, la haie épineuse qui défend l'entrée du château s'ouvre et, dans certaines versions, se met à produire de magnifiques roses. La rose avec ses épines, dit un auteur médiéval, appartient à Vénus et symbolise l'amour, car il n'y a pas d'amour sans souffrances. .. « là où il y a du miel, il y a aussi du fiel. » On peut rattacher les épines des roses à ces terribles coups involontaires que se portent mutuellement les personnes qui s'aiment. Ces échanges de coups d'épées, qui consistent à se toucher aux points les plus vulnérables, sont en réalité des luttes entre animus et anima : ce sera exactement à l'endroit où le sentiment de l'homme est le plus incertain et le plus sensible que la femme enfoncera la pointe de son animus négatif, tandis que c'est là où la femme a le plus besoin d'être acceptée, comprise et encouragée que l'homme lui versera le poison de son anima meurtrière.

La présence de telles épines ou de leur équivalent indique généralement dans les rêves une susceptibilité exaspérée qui s'accompagne toujours d'agressivité. La personne souffre, mais, en se défendant contre sa propre souffrance, elle blesse les autres. S'il me vient un patient ou une patiente très susceptible, je sais que j'en recevrai beaucoup de piqûres désagréables et qu'il est prudent de revêtir une armure protectrice. Ces personnes sont souvent fières de cette sensibilité sans se rendre compte qu'elle leur sert à tyranniser autrui : un mot peu aimable provoquera des drames des mois durant, et vous ne pouvez ouvrir la bouche de peur de les heurter ; elles font des scènes sur tout, boudent et se sentent attaquées à tout propos dans leur merveilleux sentiment.

Pareille attitude, si elle traduit la souffrance d'un être prisonnier de lui-même, cache aussi généralement un complexe de domination fort ordinaire qui apparaît en rêve dans les figures d'ombre. Cette attitude infantile devant la vie sert souvent à ces personnes à manipuler ceux qui les entourent. Quand il s'agit d'une femme, ce qui serait normalement de l'amour devient une haie d'épines où tout homme, en s'aventurant, se fait tellement piquer et déchirer qu'il ne lui reste plus que la retraite. Il n'est pas possible à un homme de s'approcher d'une femme qui est susceptible au point de se sentir ulcérée par la moindre remarque : c'est trop compliqué pour lui, et bien entendu, il abandonne ou son amour meurt transpercé comme les prétendants du conte.

.. la solution du récit est P.95 étrange, puisqu'elle ne comporte apparemment ni mérite à acquérir, ni épreuve dramatique à traverser. Au bout de cent ans, la situation se dénoue toute seule. Il n'est demandé au prince rien de particulier, si ce n'est d'avoir le courage d'entreprendre à son tour l'aventure et, surtout, d'avoir su agir au moment propice. Or nous savons que celui qui agit ainsi est un être qui est parvenu à une certaine maturité psychologique. Celui qui pèse ses actes et leurs mobiles ou qui, spontanément, fait ce qu'il faut au moment juste a atteint un certain degré d'unité, d'équilibre et de vérité intérieure. Comme le dirait Jung, il a atteint son centre et agit sous l'impulsion du Soi, en harmonie (en synchronicité) avec les événements, tant intérieurs qu'extérieurs. On pourrait dire aussi, dans le langage de la vieille sagesse chinoise, qu'il est mû par « l'activité non agissante », le wou-wei et qu'il entreprend son aventure dans l' « Innocence ». Autrement dit, il ne force pas la haie d'épines par décision du moi, mais attend de sentir que le moment en soit arrivé et d'y être poussé du plus profond de lui-même.

On peut tirer diverses leçons de ce passage du conte, et tout d'abord que le problème de la susceptibilité demande à être traité avec beaucoup de patience, et même une certaine passivité. Si l'on essaye de se frayer de force un chemin en montrant à la personne concernée qu'il s'agit, en fait, de pouvoir, on risque d'être envoyé d'une bourrade dans les piquants où l'on se fait prendre, et la relation se déchire. II m'est arrivé de perdre le contact dans de tels cas, parce que la personne sortait de chez moi profondément blessée que j'aie osé toucher à ce problème brûlant et déceler une tendance à la domination dans ce qui était, à son avis, une délicatesse d'âme si rare. La seule chose à faire dans un pareil cas est d'attendre que le sujet se retrouve tellement isolé avec son complexe de puissance qu'il s'avoue battu. On constate en effet que, dans la perspective collective qui est la leur, une telle passivité constitue la morale de beaucoup de contes de fées.

Dans les situations qui dépendent du principe féminin (qu'il s'agisse de l'anima chez l'homme ou de la féminité chez la femme), le temps est un élément essentiel ; rien d'autre ne peut aider, et toute interférence serait erronée.

Prenons par exemple le cas de l'anima : certains hommes ayant un complexe-mère positif offrent le type du célibataire esthète et poète, à l'âme délicate comme une fleur. Cette fragilité les empêche d'avoir la moindre idée de la façon de s'y prendre pour sortir d'eux-mêmes et faire la cour à une femme. Ils sont prisonniers de leur propre sensibilité et ont peur qu'elle soit blessée. Si la pulsion vitale ne les y force pas, ils demeureront souvent très tard à distance des femmes. Or il arrive fréquemment que, vers 30 ou 40 ans, ces hommes dépassent ce stade de façon soudaine, apparemment sans cause, et que, sans aide thérapeutique, ils entrent en relation avec une femme et fassent un mariage heureux. Il semble que quelque chose ait longtemps mûri en eux, que l'énergie nécessaire se soit accumulée et que, ayant tant attendu, ils rattrapent le temps perdu. Une analyse ne serait guère utile en ce cas et la meilleure chose à faire devant ce type de célibataire peut être de le renvoyer en l'assurant qu'il va bien et de lui conseiller d'attendre de rencontrer une femme qui lui convienne. Il peut arriver, par contre, que d'autres problèmes se posent à cette personne ou qu'une demande d'individuation se dessine en elle, auquel cas l'analyse pourra aider à accélérer le processus de maturation, sans toutefois insister sur l'extraversion ni sur la relation avec les femmes, jusqu'à ce que la haie d'épines s'ouvre d'elle-même, ce que les rêves et les circonstances ne manqueront pas d'indiquer. Ces hommes étant habituellement très introvertis, une éventuelle thérapie devra avant tout respecter et accompagner leur rythme intérieur. Un des principaux rôles du thérapeute sera d'encourager P.97 le patient à accepter sa propre sensibilité et l'apparente lenteur de son développement vital et à s'y tenir, malgré les critiques de ses proches et la pression de la collectivité. Accepter de « ne pas être comme les autres » et pourtant continuer sa route comme on sent que c'est juste exige en effet une grande droiture et beaucoup de courage moral.

Bienvenu sur notre première application nommé Eros.
Le module Eros est une bonne solution de remplacement à nos gribouillis parfois même de couleur fluo ou rouge dans nos livres qui pourtant nous sont si chère, les rendant ainsi peux partageable.
D'expérience, reformater mes notes sous forme écrite m'est bien plus porteur que de lire et même rechercher le livre ou j'y ai souligné ce que je cherche, celui-ci bien rangé « quelque part ». D'autant qu'il existe pléthore de crayon scanner qui font cela très bien pour nous.


Cette application a été développée en Oxygene pour dot net 4.0 en tant que module de NorpaNetl sous l'excellente base de données FirebirdSQL 2.5.2 par Tetrasys


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